Les syndicats intercommunaux sont les opérateurs du développement durable


par Xavier Dugoin, Président du SIREDOM

 

Dans l’Essonne comme en Île-de-France en général, deux évolutions se constatent actuellement qui, conjuguées, ne manquent pas d’inquiéter :

  • la réforme de l’intercommunalité, qui est une évidente nécessité, aura néanmoins pour effet, avec la constitution de méga-agglomérations dépassant les 300 000 habitants, à l’image de celles d’Evry-Corbeil-Val d’Orge-Sénart ou de Massy-Plateau de Saclay-Saint Quentin en Yvelines-Versailles Grand Parc, d’éloigner les échelons décisionnaires du citoyen. De puissantes administrations locales se créeront, qui, inévitablement, rompront avec la proximité dont bénéficiaient nos concitoyens dans leurs relations avec des communautés d’agglomération ou de communes au périmètre plus restreint,
  • le développement urbain de nos territoires, l’accroissement continu de population, la consommation foncière pour l’urbanisation accroissent chaque jour les enjeux et les problématiques à résoudre pour faire face aux besoins de déplacements, traiter les déchets, gérer la ressource en eau, maîtriser les émissions de gaz à effet de serre et préserver la qualité de notre air ou encore faire face aux besoins énergétiques.

 

Qui, demain, réalisera les programmes et actions indispensables à l’avenir de nos territoires ? Comment y associer les premiers acteurs du développement durable de l’Essonne que sont les citoyens, dans nos villes et dans nos villages ? Comment associer l’échelon communal, les maires et leurs conseils municipaux, piliers de toute démocratie locale, à leur mise en œuvre ?

 

A mes yeux, la réponse à ce défi réside dans l’existence des syndicats intercommunaux qui, spécialisés dans la gestion de la ressource en eau et la maîtrise du cycle de l’eau, dans l’aménagement de nos cours d’eau, dans la collecte, le traitement et la valorisation de nos déchets, source essentielle d’énergie renouvelable, sont les outils techniques opérationnels, maitrisés par les élus locaux issus de leurs communes adhérentes, à même de garantir cette réactivité et cette proximité entre les attentes des citoyens et l’action publique.

 

L’ampleur des défis qui sont devant nous pour préserver l’équilibre de nos territoires, prévenir les altérations irrémédiables des ressources naturelles dont nos enfants ne sauraient être privés, garantir la biodiversité aujourd’hui menacée, impose que ces établissements publics de coopération intercommunale spécialisés, trop peu connus de nos concitoyens, deviennent plus encore qu’aujourd’hui les « opérateurs du développement durable » dans le Sud Francilien qui nous est cher, pour le compte des collectivités locales.

 

Il est urgent que soient pensées, à l’échelle des bassins versants ou des zones de populations les plus productrices de déchets ménagers et d’activité, des stratégies d’action à la hauteur des enjeux auxquels nous avons à faire face.

 

En entreprenant le processus de transformation du SIARCE en Etablissement Public d’Aménagement et de Gestion des Eaux que permet désormais la loi de modernisation territoriale, en fixant pour le SIREDOM, qui fédère 130 communes de l’Essonne et de Seine-et-Marne, de nouveaux objectifs visant à concevoir les déchets que nous produisons sur ce territoire comme une ressource, comme un gisement productif d’énergie verte et de matériaux recyclés ici, au profit de nos ménages et de nos entreprises, c’est une dynamique nouvelle qui est en train de se créer, qui est en marche, en partenariat étroit avec les communes.

 

C’est pourquoi, à titre d’exemple, les vice présidents du SIREDOM et moi-même iront pour la première fois de l’histoire du syndicat, dès cet automne, à la rencontre des assemblées délibérantes locales (conseils municipaux, conseils communautaires, comités syndicaux) des collectivités-membres pour présenter notre rapport d’activité et échanger avec les élus locaux, chez eux, sur les priorités de notre action future.

 

Cela se fait dans le cadre d’une gouvernance non partisane, qu’appelle de leurs vœux l’immense majorité de nos concitoyens : l’exécutif du SIREDOM, par exemple, comme celui de la plupart des syndicats intercommunaux de l’Essonne, est riche de sa diversité et associe aux responsabilités des élus de tous bords politiques, attentifs à mettre de côté leur « étiquette », sans renoncer à leurs convictions, pour servir collectivement l’intérêt général. En tant que président du SIREDOM et du SIARCE, je souhaite être le garant de cette gouvernance-là, qui est l’originalité même des syndicats intercommunaux et qui ne se retrouve nulle part ailleurs puisque les exécutifs des villes et des agglomérations, comme celui du conseil général ou du conseil régional, sont fondés sur le principe majorité/opposition.

 

Mais il faut aller encore plus loin : il est désormais indispensable qu’à travers une conférence départementale des opérateurs du développement durable que sont les syndicats intercommunaux, nous installions rapidement, dans le respect de nos compétences et de nos territoires respectifs d’intervention, une coopération et une mutualisation de nos moyens pour démultiplier notre action et la mettre au service de cet échelon primordial qu’est la commune, auquel le citoyen est profondément attaché.

 

Le législateur a conçu pour cela des outils tels que les sociétés publiques locales, les groupements publics d’achat, les GIE (groupements d’intérêt économique) qui permettent de matérialiser et de rendre efficaces ces coopérations entre syndicats intercommunaux.

 

Dans l’Essonne, nos territoires deviennent de plus en plus interdépendants, impactés qu’ils sont par les effets de l’urbanisation qu’il est maintenant urgent d’encadrer et de mieux maîtriser : le réseau hydrographique essonnien par exemple, de l’Yvette au Nord à la Renarde et à la Juine au Sud, ne peut plus être géré de manière compartimentée mais bien globale, par des opérateurs, les syndicats intercommunaux, qui échangent sur leurs pratiques, se coordonnent, mettent en œuvre ensemble des initiatives communes. Il en va de même du gisement de déchets dont le recyclage et la valorisation peut se faire sur notre territoire et à son bénéfice, plutôt que d’être « exporté » vers des centres de traitement et de recyclage extérieurs au département.

 

L’heure est à la mobilisation au service du cycle de l’eau, de l’économie circulaire, de la réappropriation de nos ressources, de la biodiversité, de la lutte contre le changement climatique par la production d’énergie renouvelable issue de nos propres gisements, bref au service du développement durable de nos territoires du Sud Francilien.

 

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